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Alternae Concept

Qu’est-ce qu’une fresque collaborative ?

Depuis quelques années, les fresques collaboratives se multiplient dans les organisations : climat, biodiversité, numérique, santé mentale, égalité, sexisme… Les thématiques sont nombreuses, mais le principe reste le même : faire réfléchir un groupe à partir d’un support commun, en s’appuyant sur la coopération, la discussion et la construction collective.

Ce succès ne relève probablement pas d’un simple effet de mode. Il répond à un besoin croissant. Face à des sujets complexes, les organisations ne recherchent pas uniquement des apports théoriques. Elles cherchent aussi des formats qui permettent de comprendre ensemble, de confronter les points de vue, de relier les connaissances aux réalités vécues et de faire émerger une réflexion collective.

Une fresque collaborative propose précisément cela : mettre les participant·es au travail. Ensemble.

Qu'est ce qu'une fresque collaborative

Une fresque, ce n’est pas “juste un jeu de cartes”

Une fresque est un atelier collectif structuré et animé. Les participant·es travaillent à partir de cartes illustrées, de données, de schémas, de situations, en les organisant, les reliant, les discutant, afin de construire progressivement une représentation visuelle du sujet.

L’animateur·ice guide le processus sans imposer de réponse : c’est l’intelligence collective qui fait émerger la compréhension. Son rôle consiste à faciliter les échanges, à faire circuler la parole et à accompagner la réflexion.

L’objectif est de rendre visibles des mécanismes qui restent souvent abstraits, mal nommés ou difficiles à percevoir : causes, conséquences, effets cumulés.

Le déroulé d’une fresque alterne généralement plusieurs temps : découverte des éléments, mise en lien, discussion collective puis ouverture vers des pistes d’action.
Les fresques s’inscrivent ainsi dans une pédagogie active qui complète d’autres modalités de sensibilisation ou de formation.

Ce type de format est particulièrement utile sur les sujets d’égalité entre les femmes et les hommes, de sexisme ou de violences sexistes et sexuelles, car ces questions ne relèvent pas seulement de « comportements individuels ». Elles touchent aussi aux normes, aux habitudes, aux rapports de pouvoir et aux fonctionnements collectifs.

Par exemple, la Fresque du Sexisme s’appuie sur cette approche pour explorer collectivement les mécanismes du sexisme au travail et dans la sociéé, leurs effets dans les organisations et les leviers d’action possibles.

Pourquoi ce format fonctionne

Une fresque fonctionne parce qu’elle ne demande pas seulement d’écouter : elle invite à construire une compréhension collective.

En manipulant des cartes, en établissant des liens, en confrontant leurs points de vue et en échangeant autour de situations concrètes, les participant·es deviennent acteurs de leur réflexion. Ce travail collectif favorise une appropriation plus durable que la simple transmission d’informations.

Les fresques sont particulièrement efficaces pour rendre visibles des mécanismes qui restent souvent difficiles à percevoir. Sur des sujets comme le sexisme ou les inégalités, elles permettent de mettre en lumière des stéréotypes, des biais, des normes sociales et des effets cumulés qui, pris isolément, passent facilement inaperçus.

Une carte ou une donnée, prise isolément, dit peu de choses ; c’est la manière dont elle s’articule avec les autres qui fait apparaître les mécanismes.

Une fresque ne se contente pas de dire : « Voici un problème. » Elle aide à comprendre comment ce problème se construit, comment différents facteurs se renforcent mutuellement et pourquoi certaines situations se reproduisent.

Elle ne demande pas non plus aux participant·es d’adhérer à un discours. Elle leur propose d’observer, de questionner et de discuter à partir de faits, de données ou de situations.

Ce déplacement est essentiel. Sur des sujets sensibles, le débat bascule facilement vers les opinions, les expériences personnelles ou les réactions défensives. Le support commun permet de déplacer la discussion : on ne débat plus d’abord des personnes, mais des mécanismes et de ce qu’ils produisent dans une organisation.

L’un des intérêts majeurs du travail collectif est enfin de dépasser la seule expérience individuelle. Personne ne perçoit à lui seul l’ensemble d’un phénomène. Certain·es n’ont jamais été confronté·es à certaines situations ; d’autres les ont vécues sans toujours pouvoir les nommer ; d’autres encore en observent les effets dans leur environnement proche.

En mettant ces regards en commun, la fresque élargit la compréhension de chacun·e. Elle permet de passer de « Chez moi, cela ne se passe pas comme ça » ou « Je n’ai jamais vécu cela » à « Je comprends mieux pourquoi d’autres vivent des réalités différentes ». C’est à ce moment-là que les représentations commencent réellement à évoluer.

Atelier sexisme au travail

Pourquoi le format est particulièrement pertinent sur les questions d’égalité et de sexisme

Les problématiques d’égalité professionnelle, de sexisme ou de violences sexistes et sexuelles ne s’expliquent pas uniquement par un manque d’information.

Les textes existent. Les obligations légales sont globalement connues. Pourtant, les inégalités persistent. Pourquoi ? Parce que ces sujets touchent aux représentations, aux normes sociales, aux habitudes professionnelles, aux rapports de pouvoir et aux fonctionnements des organisations.

Or, ce sont précisément ces dimensions qu’une fresque permet de mettre au travail.

En reliant des situations concrètes, des données, des mécanismes et leurs conséquences, elle aide à comprendre que les faits ne sont pas isolés. Une remarque sexiste, une interruption systématique en réunion, une répartition inégale de certaines tâches ou des critères de promotion implicites ne relèvent pas toujours de comportements individuels indépendants les uns des autres. Ces situations s’inscrivent dans des dynamiques plus larges que le collectif apprend progressivement à identifier. C’est un moment où il commence à voir autrement ce qu’il croyait déjà connaître.

Cette approche permet de sortir d’une lecture uniquement individuelle des situations pour interroger le fonctionnement de l’organisation elle-même. Elle déplace la question de « Qui a tort ou qui a raison ? » vers « Quels mécanismes sont à l’œuvre et comment pouvons-nous agir dessus ? »

C’est aussi ce qui fait l’intérêt de ces ateliers dans une démarche RH plus globale. Ils peuvent ouvrir un dialogue, construire un langage commun, faire émerger des constats partagés et préparer, lorsque cela est nécessaire, des actions plus ciblées en matière d’égalité professionnelle, de prévention des violences sexistes et sexuelles, de qualité de vie et des conditions de travail ou de pratiques managériales.

 

Une fresque n’a pas vocation à produire un diagnostic complet de l’organisation ni à remplacer une formation approfondie. En revanche, elle constitue un excellent point d’entrée pour travailler collectivement des sujets parfois sensibles ou difficiles à aborder.

Elle permet notamment de :

  • partager un socle commun de compréhension ;
  • rendre visibles des situations ou des mécanismes jusqu’alors banalisés ;
  • faire émerger des constats partagés entre les différents métiers ou niveaux hiérarchiques ;
  • ouvrir un dialogue dans un cadre structuré ;
  • identifier des pistes d’action adaptées au contexte de l’organisation.

Son intérêt est aussi de réunir des personnes qui ne portent pas toujours le même regard sur une situation : managers, équipes RH, direction, représentants du personnel, collaborateur·ices… Les échanges permettent de croiser les perceptions, d’ouvrir le dialogue et de mieux comprendre les réalités vécues par chacun·e.

Une fresque peut ainsi trouver sa place à différents moments de la vie d’une organisation : au lancement d’une démarche d’égalité professionnelle, dans un plan de prévention des violences sexistes et sexuelles, dans une politique QVCT ou encore en complément d’une formation plus spécialisée.

Une fresque n’est ni une conférence, ni un audit, ni un groupe de parole. C’est un dispositif pédagogique structuré et animé qui mobilise l’intelligence collective pour aider un groupe à comprendre un sujet complexe et à construire des repères communs.

Son intérêt tient aussi à son format : suffisamment souple pour s’adapter à différents niveaux de connaissance tout en garantissant un socle commun de compréhension, il repose sur un temps limité de deux à trois heures, un cadre clair, une participation active et une production collective qui sert de support aux échanges.

Une condition essentielle : la qualité de l’animation

Une fresque s’appuie sur un outil structuré, mais la qualité de l’animation détermine en grande partie la profondeur du travail collectif.

Faire émerger des échanges ne suffit pas : il faut aussi savoir les accompagner, répondre aux questions, apporter des repères, favoriser la circulation de la parole sans la forcer, permettre l’expression de points de vue différents, accueillir les désaccords, travailler les objections et veiller à ce qu’aucune intervention ne déséquilibre les échanges.
Cela demande une véritable posture de facilitation, mais également une connaissance solide du sujet et la capacité à maintenir un cadre respectueux tout en laissant vivre les interactions.

Dès le début de l’atelier, ce cadre est posé : écoute, respect des personnes, confidentialité, droit au doute, possibilité de questionner sans être jugé. Il ne vise pas à éviter les désaccords, mais à permettre qu’ils soient exprimés et travaillés.

Sur des sujets sensibles comme l’égalité, le sexisme ou les violences, cette qualité de cadre et d’animation est essentielle.

La facilitation demande une posture et des compétences spécifiques : savoir observer les dynamiques du groupe, relancer la réflexion, reformuler, temporiser ou approfondir selon les situations. L’objectif n’est pas de conduire le groupe vers une conclusion prédéterminée, mais de l’aider à construire sa propre compréhension.

Dans ce contexte, cette posture prend une importance particulière. Les échanges font parfois émerger des objections, des incompréhensions, des expériences personnelles ou des tensions. Ces moments ne sont pas des incidents à éviter ; ils font partie du travail pédagogique. Encore faut-il savoir les accueillir et les transformer en occasions de réflexion plutôt qu’en points de blocage.

L’expertise du sujet apporte ainsi une dimension supplémentaire. Elle permet d’apporter des repères lorsque le groupe en a besoin, de distinguer les idées reçues des connaissances établies, de répondre aux questions avec rigueur et de relier les échanges aux réalités professionnelles sans reprendre la main sur la réflexion collective.

La facilitation reste le cœur du format. L’expertise du sujet lui donne de la profondeur.

Les limites d'une fresque : un point de départ, pas un aboutissement

Le succès des fresques ne doit pas conduire à leur attribuer des effets qu’elles ne peuvent pas produire à elles seules.

Une fresque ne transforme pas une culture d’entreprise en quelques heures. Elle ne résout pas les inégalités, ne met pas fin aux violences et ne remplace ni les obligations de l’employeur, ni les procédures internes, ni la formation des managers, ni une politique RH structurée.

Son apport est ailleurs.

Elle crée les conditions d’une compréhension partagée. Elle permet de mettre des mots sur des réalités parfois mal identifiées, de construire des repères communs et d’ouvrir des échanges qui pourront ensuite être prolongés par d’autres actions. Elle offre ainsi un miroir collectif : ce que l’on voit, ce que l’on nomme et ce que l’on choisit de changer.

C’est pourquoi une fresque prend tout son sens lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche plus large : sensibilisation, formation, accompagnement des managers, évolution des pratiques ou plan d’action en faveur de l’égalité professionnelle.

Comme tout outil pédagogique, elle ne constitue pas une solution miracle. Elle est un levier parmi d’autres.

 

En conclusion

Le succès des fresques collaboratives tient sans doute moins à leur caractère ludique qu’à leur capacité à faire travailler un groupe sur des sujets complexes. Il dit aussi quelque chose de notre époque : les organisations ont besoin de formats plus participatifs, plus concrets et moins descendants.

En donnant à voir des mécanismes souvent invisibles, en confrontant les expériences et en construisant une compréhension commune, elles permettent de dépasser les lectures individuelles pour regarder les situations dans toute leur complexité.

Sur des questions comme l’égalité professionnelle, le sexisme ou les violences sexistes et sexuelles, cette approche est particulièrement précieuse. Elle aide les participant·es à mieux comprendre les réalités auxquelles l’organisation est confrontée, à partager un langage commun et à identifier des pistes d’action adaptées à son contexte.

Une fresque ne change pas une organisation à elle seule.

En revanche, elle peut constituer un moment charnière : celui où un groupe commence à voir autrement ce qu’il croyait déjà connaître.